Le gouffre énergétique de la relation de travail (Karpman #0)

Pourquoi certaines relations vous vident sans que vous sachiez pourquoi. Une lecture vibratoire du triangle de Karpman pour sortir des jeux relationnels épuisants.

Un article pour celles et ceux qui se disent : « Je suis fatigué », « Je me sens vidé », « Je ne comprends pas ce qui se passe » et se sentent particulièrement fati par une ou plusieurs relations de travail.

Certaines relations ne sont pas simplement “difficiles”.
Elles aspirent l’énergie.
Elles laissent une sensation de brouillard, de tension, d’impuissance.
On en sort plus fatigué qu’en y entrant.

Souvent, ce n’est pas la charge de travail qui épuise le plus.
C’est la dynamique relationnelle.

Le triangle dramatique de Stephen Karpman offre une clé de lecture précieuse pour comprendre ces jeux invisibles.

Il décrit une dynamique dans laquelle les personnes ne se rencontrent plus depuis leurs besoins réels, mais depuis des rôles :

  • le rôle Victime
  • le rôle Persécuteur
  • le rôle Sauveur

Dans ces moments-là, on ne dit plus ce qu’on ressent vraiment.
On ne formule plus clairement ses besoins.
Les réponses deviennent automatiques, souvent inconscientes.

C’est comme une pièce de théâtre qui se rejoue encore et encore,
souvent sans que les acteurs sachent qu’ils sont sur scène.

Deux clés importantes :

  • Un rôle ne nous définit pas. C’est une partie mentale de notre système intérieur.
  • Sortir d’un rôle, c’est retrouver une qualité de présence, une manière d’être en relation plus vivante, plus juste, plus stable.

Ces rôles sont des caricatures pédagogiques. Dans la vie réelle, ils se combinent, se nuancent, se mélangent. Ils servent à rendre visibles des dynamiques relationnelles, pas à coller des étiquettes.


Les trois rôles du triangle… et leur “vibration”

Le rôle Victime – « Je subis »

  • Impuissance, plainte, passivité
  • Se vit comme « non ok »
  • Lance des appels au secours
  • Oublie sa part de responsabilité
  • Se met en position d’être critiquée ou malmenée

Objectif inconscient : Ne pas reconnaître sa responsabilité, rendre les autres responsables de sa vie, susciter la pitié, obtenir que quelqu’un fasse à sa place.

Le rôle Victime est comme quelqu’un tombé dans une rivière…mais qui ne regarde même plus la berge. Il crie à l’aide sans voir qu’il peut aussi nager.

Vibration dominante : peur, dépendance, effondrement intérieur.
Ce qu’il est : plaintif, tourné vers le manque.
Ce qu’il n’est pas : responsable de ses demandes et de ses choix.


Le rôle Persécuteur – « C’est ta faute »

  • Contrôle, critique, domination
  • Rabaisse, humilie, fait pression
  • Impose des règles irréalistes
  • Retient des informations
  • S’en prend souvent aux plus faibles
  • passer en force

Objectif inconscient : Rendre l’autre responsable de ce qui ne va pas et exprimer sa colère.

Le rôle Persécuteur confond puissance et violence. Il croit tenir la barre du navire… mais il le dirige à coups de fouet.

Vibration dominante : tension, dureté, fermeture.
Ce qu’il est : dominant, critique, agressif.
Ce qu’il n’est pas : une vraie posture de puissance.


Le rôle Sauveur – « Je vais t’aider »

  • Intervient sans demande
  • Se rend indispensable
  • Infantilise l’autre
  • Recherche reconnaissance
  • Crée de la dépendance

Objectif inconscient : rendre l’autre dépendant.

Le rôle Sauveur agit depuis une position supérieure.
Il tend la main… mais garde l’autre en contrebas.

Vibration dominante : anxiété, contrôle déguisé en bienveillance.
Ce qu’il est : intrusif, sur responsabilisé.
Ce qu’il n’est pas : une aide ajustée, un accompagnement juste.

Chaque rôle correspond à une vibration relationnelle basse

RôleVibration dominante
Rôle VictimeImpuissance, peur, dépendance
Rôle PersécuteurTension, colère, rigidité
Rôle SauveurAnxiété, contrôle masqué par l’aide

Résultat : perte d’efficacité, conflits, fatigue émotionnelle et mentale, jeux de pouvoir

Ces rôles sont inconscients et tournants. On peut entrer par le rôle Victime, basculer dans le rôle Persécuteur, puis finir dans le rôle Sauveur. Parfois dans la même conversation.


Quand le triangle est activé (exemples)

Dans une réunion

  • Rôle Victime : « De toute façon, ça ne sert à rien »
  • Rôle Persécuteur : « Tu es toujours négatif »
  • Rôle Sauveur : « Laisse, je vais le faire pour toi »

Dans une situation de Surcharge de travail :

  • Puis rôle Victime : s'épuise
  • Puis rôle Persécuteur : reproches
  • Rôle Sauveur : fait à la place

Dans une équipe :

  • le rôle Victime attend qu’on décide à sa place
  • le rôle Persécuteur crée stress et défiance
  • le rôle Sauveur s’épuise et empêche l’autonomie
Le rôle de victime se déresponsabilise, celui de persécuteur défend ses responsabilités et celui de sauveur se donne une responsabilité.

La relation devient réactive, pas collaborative. L’énergie est consommée à se protéger plutôt qu’à produire.

Le triangle n’est pas seulement une crispation relationnelle. C’est un effondrement du niveau de responsabilité…et donc de la qualité vibratoire du système.


Sortir du triangle = changer sa manière de se positionner dans la relation

On ne sort pas du triangle en changeant les autres, on en sort en changeant sa manière de se positionner

Etape 1 : Identifier son rôle

  • Suis-je en train de jouer le rôle Victime, le rôle Persécuteur ou le rôle Sauveur ?
  • Qu’est-ce que je fais à la place de l’autre ?
  • Qu’est-ce que j’évite de dire clairement ?

Ces trois questions suffisent souvent à prendre conscience

Sortir du triangle, ce n’est pas devenir parfait. C’est retrouver la liberté de ne plus jouer.

Etape 2 : Décider de changer sa manière de se positionner

Là, la vibration devient claire, stable, responsabilisante, sécurisante

Du rôle Persécuteur à la puissance juste (S+)

  • Exprimer ses ressentis plutôt que juger
  • Dire : « Quand tu me dis cela, je ressens… »
  • Attendre de ne plus être irrité pour agir
  • Clarifier ses attentes
  • Faire des demandes claires
  • Poser un cadre lisible
  • Travailler en premier : l'équité dans la relation de travail, l'estime de soi

Pour une puissance sans violence. Une autorité qui n’écrase pas.

Du rôle Sauveur au soutien ajusté (S+)

Avant d’aider, se poser trois questions :

  1. Suis-je responsable de ce problème ?
  2. Suis-je compétent pour le résoudre ?
  3. Ai-je vraiment envie de le faire ?

Sans trois « oui », ne pas agir.

Travailler en premier : l'empathie & l'indépendant émotionnelle

Aider sans prendre la place. Soutenir sans diriger.

Du rôle Victime à la responsabilisation (V+)

  • Exprimer clairement ses besoins
  • Apprendre à demander directement
  • Savoir refuser
  • Reconnaître sa peur
  • Demander une aide précise

Passer de : « Je subis » à « Voilà ce que je ressens. Voilà ce dont j’ai besoin. »


Sortir du triangle, c’est revenir à ce qui était là dès le départ :

une émotion réelle,
un besoin vivant,
une relation possible.