Personne et personnage : comment nous nous éloignons de nous-même
Cet article s’adresse tout particulièrement à celles et ceux qui traversent un questionnement de sens, à celles et ceux qui sentent en eux l’élan de se retrouver.
Je m'appuie sur les travaux de Bernard Sensfelder , Eïnothérapeute et Hypnothérapeute.
Dans son livre, L’hypnose du corps, il décrit un concept fondamental pour comprendre ce qui, en nous, nous éloigne de nous-mêmes : la distinction entre la personne et le personnage.
Le personnage est comme une armure patiemment façonnée.
Il est fait d’histoire, de traces de vécus douloureux, d’ajustements successifs pour survivre émotionnellement, de mémoires passées. Chaque choc y laisse une marque, chaque renoncement y ajoute une couche.
À l’origine pourtant, la personne que nous sommes est mouvement.
Elle est flux, élan, vibration, mais, à force de tensions, certaines parties de ce mouvement se figent. Des barrages intérieurs se construisent. C’est ainsi que naît le personnage.
Très souvent, nous confondons cette armure avec notre peau. Nous croyons être ce personnage. Nous pensons que c’est nous.
En réalité, il recouvre la personne vivante que nous sommes, comme une carapace protège – et parfois étouffe – ce qui est tendre en dessous.
Bernard Sensfelder donne un exemple très parlant de la naissance d’un personnage dans l’enfance, que je reformule ici.
Imaginez que vous soyez un enfant très sensible, voire hypersensible.
Vous ressentez le monde comme une éponge émotionnelle. Tout vous traverse : les ambiances, les regards, les tensions. Vous captez bien plus que la moyenne. Et en captant davantage, vous avez aussi plus d’occasions de créer des traces émotionnelles en vous.
Vous êtes cet enfant très sensible à l’école maternelle ou primaire, et vous êtes frappé par la violence de certains camarades. Vous ne comprenez pas. Comme tout enfant, vous cherchez une cause en vous : Qu’ai-je fait pour que cela m’arrive ?
Parce que vous êtes sensible, créatif, intuitif, capable de faire des liens que les autres ne voient pas, vous pouvez vous sentir décalé. Et parfois rejeté, moqué à cause de ce décalage. Ce n’est pas systématique, mais c’est fréquent.
Alors le doute s’installe.
Vous commencez à penser qu’être différent est un défaut, qu’être « comme les autres » est plus sûr. La spontanéité devient risquée, peu fiable. Comme si votre boussole intérieure n’était plus digne de confiance.
Vous vous adaptez.
Vous apprenez à lisser ce qui dépasse, à rentrer dans le moule, à marcher dans les pas des autres.
Peu à peu, vous vous éloignez de vous-même. Vous fabriquez un personnage.
Vingt-cinq ans plus tard, ce même enfant devenu adulte pourra dire :
« Je manque de confiance en moi. »
— autrement dit : je manque de confiance en ma spontanéité.
En réalité, son personnage – cette adaptation – a pris le volant.
Chacun de nous porte ainsi des couches d’adaptation, comme des vêtements superposés au fil des saisons de la vie.
Et quand ça ne va plus, c’est souvent parce que le personnage est devenu trop épais, trop rigide, trop éloigné du vivant.
Nous allons bien lorsque nous ne sommes plus gouvernés par des réflexes issus de la peur ou de la culpabilité, mais lorsque nous retrouvons la liberté de choisir.
Or, ce que nous connaissons le mieux, ce sont nos personnages.
Les tensions s’accumulent, l’armure se renforce, et nous nous éloignons peu à peu de ce que nous sommes vraiment.
Tant que nous faisons vivre le personnage, nous ne vivons pas pleinement notre vie.
Alors s’ouvre une voie nouvelle :
celle de desserrer l’armure, de laisser tomber progressivement les suradaptations et les mémoires figées, afin que la personne – le vivant en nous – puisse enfin respirer et prendre pleinement sa place.